Mon cheminement sur ma voie de mère, mes pensées et réflexions sur l'accouchement, sur la maternité, l'allaitement, le maternage, l'éducation, la condition de la femme et de la mère en général aujourd'hui.
J’arrive juste à l’heure. Nous avons du mal à trouver deux places côte à côte mon amie et moi : beaucoup de monde est là, la salle est presque pleine !!! Elle est déjà sur la scène, en mouvement. J’ai l’impression d’être au concert d’une superstar et je me dis : « Waaa… C’est elle pour de vrai !!! »
Isabelle Filliozat, THE psychologue de l’éducation non-violente en France, auteure de nombreux ouvrages ressources pour tant de parents qui décident de s’accomplir dans cette voie !
Elle propose une conférence interactive : les spectateurs reçoivent des bouts de papiers sur lesquels ils posent une question, à laquelle elle tentera de répondre. Je ressens une grande énergie en cette femme, qui bouge sur la scène, se meut d’un bout à l’autre, et elle me touche profondément par son humour et sa joie de vivre, sa vision positive de la vie.
Elle commence par rappeler ce qu’elle entend par « parentalité positive ». Ce n’est pas le contraire de « parentalité négative » comme elle dit. C’est une parentalité qui met au centre de son attention les besoins de l’enfant.
Être à l’écoute des besoins de son enfant, c’est entre autre ne pas projeter nos compétences d’adulte sur nos enfants. A 8 ans par exemple, le cerveau d’un enfant peut tout juste retenir 5 consignes à la fois. En conséquence, lui asséner un nombre incalculable d’ordres et de consignes (avant de partir à l’école par exemple) est bien souvent infructueux et cela est normal. Pour développer les compétences de l’enfant à s’organiser et développer son autonomie (un des besoins les plus importants de l’enfant), il s’agit de faire appel à la zone préfrontale de son cerveau, cette zone qui favorise l’organisation, la réflexion, l’empathie : ainsi, le parent favorise l’autonomie chez son enfant ! « On va à l’école : qu’est-ce qu’il te faut ? »
S’adapter aux compétences de son enfant évite les heurts. Connaître les trois causes possibles d’une crise permettra à l’adulte de savoir comment réagir au mieux pour son enfant. Ces causes possibles sont :
Isabelle Filliozat annonce alors qu’elle va tirer le premier papier et lire une question.
1ère question : une enfant de 20 mois s’endort très bien en l’absence de son parent, mais en sa présence l’endormissement est véritable calvaire !
La psychologue commence par nous parler de l’importance vitale de la figure d’attachement chez l’être humain, depuis les découvertes des travaux de Konrad LAWRENCE et de John BOWLBY, ce monsieur qui a fait l'expérience de devenir la maman, ou plutôt la figure d'attachement, de canetons rien qu'en étant le premier visage vu par ces petits !
La figure d’attachement, c’est cette source d’amour inconditionnel à laquelle reviendra le bébé lorsqu’il aura besoin de sécurité. Et dans la société d’aujourd’hui, c’est souvent la maman qui représente cette figure d’attache. Parfois, il est très dur de s’endormir sans elle, car le besoin de l’enfant est de se ressourcer auprès de cette figure afin de se rassasier en confiance, en amour inconditionnel, avant de lâcher prise sur cette séparation qu’est le sommeil. Et parfois, c’est l’inverse ! L’enfant va faire la misère à sa figure d’attache avant de s’endormir, parce qu’elle est justement sa ressource essentielle en laquelle il pourra décharger ses émotions, ses surcharges émotionnelles : figure d’attache = figure de décharge. L’important est d’être là, présent à son enfant, à l’écoute de son besoin, tout en se rappelant que lorsque notre bébé pleure ainsi dans nos bras : c’est SUPER !!! C’est qu’on est une super figure d’attachement !!! Hey, ça s’appelle parentalité « positive », ne l’oubliez pas
2ème question : le fameux dilemme du PUNIR / LAISSER FAIRE ???!!!!
Isabelle Filliozat précise avec humour : « Il y a un blocage… Mais d’où vient-il, ce blocage ? Si ça bloque, c’est qu’on est 2 à bloquer ! ». Perspective très intéressante : combien de fois nous pensons avoir à faire à une tête de mule alors que, face à lui, nous nous buttons tout autant !
Lorsqu’il y a une situation de blocage, elle propose de revenir à l’essentiel : écouter le besoin de l’enfant. Car un enfant qui bloque est un enfant en stress. Et le stress est une réaction physiologique, pas psychologique. C’est la réaction physiologique qui va permettre à l’être humain de réagir à un message de « danger ». Dans son cerveau, l’amygdale, qui est le récepteur et le gestionnaire de ces états de stress, sonne l’alarme. Son organisme va alors répondre de trois façons possibles :
Une vidéo qui montre parfaitement bien comment réagit notre cerveau à la colère: link
Il y a une hiérarchie parmi les réactions au stress : répondre par l’attaque nuit moins à la structure émotionnelle de l’être humain que la fuite, et la stratégie de figement est celle qui nuit le plus. Or, face à un parent ou un professeur en colère qui hurle, que fait le plus souvent un enfant ? Il se sent figé de l’intérieur.
On dit nos enfants « intolérants à la frustration », mais il serait bien plus utile de leur poser une question sur leurs ressentis : quel est le souci dans ton cœur ? Et rester aimants !
Oui, parce que nous, adultes forts et orgueilleux de notre savoir et de notre expérience, nous avons tendance à croire que l’amour ne se donne qu’une fois les problèmes évacués, une fois les sanctions posées, les sermons bien bassinés. Et je noterai pour toujours cette phrase fantastique qu’Isabelle Filliozat a prononcé à ce moment-là pour illustrer ce paradoxe :
L’amour n’est pas une récompense. C’est un carburant.
Imaginez que votre voiture soit presque en panne d’essence, lui diriez-vous : écoute ma grande, on doit faire le trajet de Talence à Bordeaux, je ne remplirai ton réservoir qu’une fois que tu auras bien voulu m’amener à Bordeaux !!!
Bien sûr, on explose de rire ! On trouve cela absurde !
Ben les émotions, c’est pareil !!!
Nos enfants ont un réservoir émotionnel qui, lorsqu’il est vide, pousse l’enfant à faire des conneries ! Car oui, il a besoin d’attention. On le dit d’ailleurs très bien : « Tu fais l’intéressant ! Elle attire l’attention sur elle ! » Mais oui, c’est ça !!! Nos enfants ont besoin d’attirer notre attention : sur le fait que leur réservoir émotionnel se vide et qu’ils ont besoin de se recharger en amour, en attachement, en NOTRE AMOUR INCONDITIONNEL DE PARENTS.
Elle nous rappelle que le besoin d’attachement est un des besoins vitaux les plus importants de l’être humain et des primates et qu’il prime sur le besoin de nourriture. Un petit singe ou un petit d’homme préfèrera se laisser mourir de faim plutôt que de renoncer à tisser un lien avec une figure d’attachement. Le besoin d’attachement vient juste après le besoin de respirer ! Rien-que-ça…
Le stress va engendrer une montée de cortisol, une hormone qui va désorganiser notre cerveau : l’enfant montre alors des signes d’hyperactivité, de défiance ou d’argumentation.
L’idée, c’est de remplir le réservoir AVANT qu’il ne se vide ! Et pour cela, elle recommande de prendre plaisir à vivre ensemble, de se nourrir au quotidien.
Les matins sont difficiles car il faut se dépêcher, elle traine, vous la booster, elle ne vous écoute pas… Dans cette situation, le stress s’accumule, les réservoirs de tous se vident… Pourquoi ne pas lui proposer de jouer à s’habiller ?
La dernière question : comment être le parent qu’on aurait voulu être ???
Quelle question, n’est-ce pas… Comment parvenir à être ce parent patient, aimant, toujours accueillant et toujours souriant, toujours empathique et toujours solide ? Pourquoi on perd pieds madame Filliozat ??? Pourquoi parfois on a super-méga-giga-envie de trucider nos petits chéris d’amour adorés ???
La réponse a été trouvée grâce à l’IRM de cerveaux de parents. On a découvert que lorsque l’on montrait à un parent des images de son enfant qui pleure, dans son cerveau s’allument les zones du care taking, ces zones de l’empathie naturelle, qui vont déclencher la réaction spontanée d’aller vers l’enfant pour le consoler, le prendre dans ses bras, prendre soin de lui… Si l’on est un parent qui a reçu le fameux attachement quand il était bébé. Est-ce votre cas ?
Quand le parent n’a pas reçu cet attachement, qu’il a beaucoup pleuré seul, qu’il a été peu porté, que ses émotions ont été ignorées ou niées, son amygdale a souvent, trop souvent, été dans un état d’alerte, elle est devenue hyper réactive ; c’est un parent qui possède également moins de récepteurs à ocytocine. Autrement dit, il est plus rapidement soumis au stress et n’a pas la capacité d’empathie, d’amour, pour répondre à son enfant et combler ses besoins. Ce que l’amygdale déclenche dans le cerveau de cet adulte lui fait représenter son enfant qui pleure comme un danger potentiel. Isabelle Filliozat dit en riant : on prend son enfant pour un gros mammouth !
Lui, qui a vécu dans sa propre chair le rejet, en a peur lui-même face à cet enfant : et s’il était rejeté en lui donnant de l’amour ???
La peur du rejet… Voici une autre vidéo qui illustre parfaitement la réaction presque instantanée d’un nourrisson dont la maman cesserait d’interagir, un nourrisson qui pourrait se sentir nié, ignoré. La still face experience, l’expérience du visage impassible : link
Voyez comme l’enfant se désorganise à une très grande vitesse. Et imaginez maintenant ce que ressent un enfant qu’on regarde dans les yeux sans sourciller pour lui signifier notre mécontentement, qu’on ignore, qu’on met au coin, qu’on punit dans sa chambre… Et souvenez-vous de ce que vous avez ressenti quand votre enfant ne vous obéit pas, continue à agir comme s’il ne vous entendait pas, ou vous a regardé sans réagir quand vous lui avez demandé quelque chose plusieurs fois… (en tous cas moi je me souviens pour moi !!! voir Le monstre qui est en moi )
Isabelle Filliozat pointe aussi du doigt la nocivité de certaines denrées de notre alimentation occidentale moderne : les additifs alimentaires comme E211, la viande de bœuf nourrie au maïs, le sucre et la farine raffinés.
Une expérience a été faite dans des prisons et des établissements scolaires : quand les sucres et les farines raffinés ont été supprimés, tous les types d’incivilité ont diminué de 47 à 51 %.
Elle insiste sur le fait que la France est le pays le plus autoritaire d’Europe et le plus réfractaire à une loi bannissant les châtiments corporels, nous sommes même l’un des pays d’Europe à ne pas l’avoir encore adoptée.
L’autorité va à l’encontre des comportements physiologiques de l’enfant.
Je suis sous le charme de cette personnalité positive, très solaire, rayonnante. Son discours est à l’image de ce qu’elle dégage : de l’optimisme, de la joie de vivre.
En sortant de la conférence, je me sens gonflée à bloc ! J’ignorais tant de choses sur les mécanismes physiologiques du stress, des hormones, je comprends tellement mieux certains de mes comportements.
Si vous avez un jour l’occasion de voir une telle conférence, n’hésitez pas une seule seconde : FONCEZ ! Pas de mammouths en vue
Lilie